L'histoire du mouvement

De gauche à droite : André Breton, Robert Desnos, homme non identifié, Simone Breton, Paul Eluard, Gala, Philippe Soupault, Max Ernst, 1922
Les bases du mouvement sont jetées dès 1919 lorsque le jeune André Breton lance, en collaboration avec Louis Aragon et Philippe Soupault, sa propre revue se disant volontiers anti-littéraire, et baptisée non sans ironie "Littérature".
A cette époque, Breton est déjà impliqué dans la rédaction de " 391 " et de " Dada ", revues publiées par les dadaïstes, dont le Roumain Tristan Tzara est le chef de file. Surréalistes et dadaïstes partagent la même vision désabusée de la société et s'insurgent contre toutes les formes d'autorité. Mais l'entente est de courte durée.
On considère "Les champs magnétiques" (1920) comme la première oeuvre résolument surréaliste. Une nouvelle technique d'écriture appelée "écriture automatique", mise au point par Breton et Soupault, n'est pas du goût de Tzara. La rupture est définitivement consommée en 1923: Breton, Péret et Eluard perturbent la représentation de la pièce dadaïste " Coeur à gaz ".
C'est donc sur les cendres de Dada qu'un réseau de jeunes avant-gardistes va se lancer dans l'aventure surréaliste . André Breton et Louis Aragon se sont connus en 1917, alors jeunes médecins (mobilisés dans le même hôpital). Avec Soupault, ils représentent le trio fondateur du mouvement. Au total, 19 intellectuels "ont fait acte de surréalisme absolu ". Une deuxième série de la revue "Littérature" (de mars 1922 à juin 1924) introduit de nouveaux noms comme Giorgio de Chirico, Robert Desnos, Paul Eluard, Benjamin Péret.

C'est dans " le Manifeste du surréalisme " de 1924, la référence théorique du mouvement, que Breton définit pour la première fois le terme de "Surréalisme":"automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale " .
Le message est clair: le Surréalisme n'a, du moins en théorie, aucune prétention artistique ou littéraire , y compris dans ses revues. "Littérature" doit cesser sa publication et "La Révolution surréaliste" prend le relais en 1924, c’est aussi à cette date que le mouvement prend son nom.
De 1924 à 1929, de nouvelles recrues comme André Masson, Max Ernst, Man Ray, les Espagnols Salvador Dali, Louis Bunuel et Joan Miro se joignent aux surréalistes de la première heure (moins Francis Picabia réticent au "Manifeste"); d'autres venus des quatre coins du monde comme Victor Brauner, Oscar Dominguez, Alberto Giacometti, Meret Oppenheim viendront grossir les rangs un peu plus tard.
Quant à Pablo Picasso et Giorgio de Chirico, ils entretiennent des contacts réguliers avec le mouvement sans en faire partie intégrante. Leur retentissement international n’est que plus perceptible du fait des nombreuses expositions, de Paris (Exposition internationale de 1938) à Tokyo (1937) en passant par Londres (1936), qui leur sont consacrées. La vitalité du mouvement est alors illustrée moins par ses revues que par ses expositions.

André Breton
Le rapprochement entre la "Révolution surréaliste" et la revue "Clarté", d’obédience communiste (fondée par Henri Barbusse), est à l'ordre du jour en 1925, mais le projet échouera. Le " Second Manifeste du surréalisme " (1929) ainsi que le titre de la nouvelle revue "Le surréalisme au service de la révolution" confirme l'orientation plus politique initiée par Breton, qui flirte un temps avec le communisme .
D'une manière générale, le second manifeste marque une radicalisation de ses positions : Soupault et Artaud, hostiles au changement, sont exclus. Dans le même temps, Breton réaffirme son refus de toute compromission à un parti ou à la dictature de l'argent (Breton, Eluard et Crevel seront finalement remerciés par le parti communiste en 1933). Robert Desnos, Michel Leiris, André Masson, Pierre Naville, Georges Bataille, Francis Picabia sont également frappés d’exclusion ...
Les problèmes s'accumulent : la revue "le Grand Jeu" rassemble des écrivains qui dénoncent le "bluff surréaliste"; les exclus du mouvement rédigent un pamphlet virulent, appelé "cadavre", contre " le pape du surréalisme " (terme péjoratif, à l’origine, pour désigner Breton). Ce dernier est aussi très affecté par le suicide de Jacques Vaché en 1919 dont il ne s‘est jamais vraiment remis et celui de René Crevel en 1935. La polémiq



















