Charge mentale au travail : un enjeu de QVCT au cœur des obligations du CSE
La charge mentale au travail ne relève ni du ressenti individuel ni d’un sujet de “bien-être” accessoire. Elle s’inscrit pleinement dans le champ des risques psychosociaux (RPS) et engage directement les responsabilités de l’employeur et du CSE en matière de prévention, de santé et de conditions de travail.
Pour les élus de CSE et les professionnels RH, l’enjeu n’est pas seulement d’alerter, mais de structurer une démarche solide, juridiquement fondée, intégrée aux outils obligatoires et orientée vers l’organisation réelle du travail.
Comprendre la charge mentale : bien plus que du stress
Une surcharge cognitive durable
La charge mentale correspond à l’effort cognitif, organisationnel et émotionnel nécessaire pour accomplir son travail. Elle augmente lorsque les exigences dépassent durablement les marges de manœuvre réelles du salarié.
Selon ANACT, elle résulte notamment de :
- la densification du travail,
- la multiplication des interruptions,
- des priorités floues ou contradictoires,
- des outils numériques inadaptés,
- une pression temporelle constante.
👉 Elle se distingue du stress ponctuel par son caractère structurel et cumulatif.
Source : https://www.anact.fr/charge-mentale-et-charge-de-travail
Des risques avérés pour la santé et l’organisation
Impacts pour les salariés
Une charge mentale excessive peut entraîner :
- fatigue chronique et troubles du sommeil,
- perte de concentration,
- anxiété, irritabilité,
- épuisement professionnel.
INRS rappelle que les RPS ont des effets documentés sur la santé mentale et physique.
Source : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux.html
Impacts pour l’entreprise
À l’échelle collective, la surcharge mentale favorise :
- absentéisme,
- désengagement,
- erreurs,
- conflits,
- turnover.
C’est précisément pour ces raisons qu’elle relève des missions du CSE.
Intégrer la charge mentale dans le DUERP : une obligation légale
Le DUERP, socle de la prévention
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est la pierre angulaire de la prévention. Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021, il doit intégrer l’ensemble des risques, y compris psychosociaux, et être mis à jour régulièrement.
La charge mentale ne peut donc pas rester hors du DUERP.
Comment l’inscrire concrètement
Erreur fréquente : inscrire une ligne vague du type “stress”.
Bonne pratique : décrire les
situations de travail réelles, par exemple :
- interruptions fréquentes (mails, messageries, sollicitations orales),
- surcharge informationnelle,
- délais incompatibles avec la qualité attendue,
- outils numériques instables ou multiples,
- injonctions contradictoires,
- intensification du travail à effectif constant.
👉 Plus le risque est décrit factuellement, plus il devient actionnable.
Le rôle du CSE
Le CSE est consulté sur les mises à jour du DUERP. Il peut :
- demander des compléments,
- contester une sous-évaluation,
- proposer des actions de prévention.
Cadre légal : Code du travail, article L.4121-1
https://www.legifrance.gouv.fr
CSE et CSSCT : organiser le travail pour être efficace
Le rôle spécifique de la CSSCT
Dans les entreprises d’au moins 300 salariés (ou par accord), la CSSCT prépare les travaux du CSE sur la santé, la sécurité et les conditions de travail.
Sur la charge mentale, elle permet :
- une analyse approfondie,
- des auditions ciblées,
- la préparation de propositions structurées.
Une articulation claire
- La CSSCT instruit.
- Le CSE délibère et vote.
Déléguer l’instruction n’affaiblit pas le CSE, cela renforce la qualité des décisions.
De la QVT à la QVCT : pourquoi la lettre “C” change tout
Depuis l’ANI de 2020 et la loi de 2021, le cadre de référence est la QVCT – Qualité de Vie et des Conditions de Travail.
Ce changement marque un recentrage :
- moins d’actions périphériques,
- plus de travail sur l’organisation réelle, les outils, les processus.
👉 La charge mentale est un
sujet cœur de QVCT, pas un gadget.
Objectiver la charge mentale : des outils de référence
Le rapport Gollac
Le rapport Gollac identifie six facteurs de RPS, dont plusieurs liés à la charge mentale :
- intensité et temps de travail,
- exigences émotionnelles,
- autonomie,
- rapports sociaux,
- conflits de valeurs,
- insécurité socio-économique.
Source : https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_gollac.pdf
Le modèle de Karasek
Il mesure l’équilibre entre :
- demande psychologique,
- latitude décisionnelle (autonomie).
Une forte demande avec peu d’autonomie est un facteur clé de surcharge.
Source INRS : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206143
Le modèle de Siegrist
Il analyse le déséquilibre entre :
- efforts fournis,
- récompenses (reconnaissance, perspectives).
Source INRS : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206141
👉 Ces outils sont couramment utilisés dans les expertises RPS.
Alerter, oui… mais au bon niveau juridique
Les différents niveaux d’alerte
- Inscription à l’ordre du jour : discussion, demandes d’explication.
- Droit d’alerte atteinte aux droits : situations individuelles graves.
- Droit d’alerte danger grave et imminent (DGI) : à utiliser avec prudence, uniquement en cas de risque immédiat (ex. risque suicidaire).
L’expertise pour risque grave
Le CSE peut voter une
expertise pour risque grave afin d’analyser l’organisation du travail et la charge mentale.
Financement majoritairement à la charge de l’employeur.
Télétravail : une charge mentale plus invisible
À distance :
- les signaux faibles disparaissent,
- la surcharge est souvent réduite au temps de connexion,
- l’isolement augmente.
Le rôle du CSE est de vérifier que les accords de télétravail intègrent :
- des mécanismes de suivi de la charge réelle,
- des temps de régulation collective,
- des règles claires de déconnexion.
Source :
https://www.anact.fr/teletravail-et-risques-psychosociaux
Les risques psychosociaux liés à la fonction d’élu du CSE
Une exposition spécifique aux RPS
Être élu du CSE expose à :
- une surcharge cognitive (complexité juridique),
- des exigences émotionnelles élevées,
- des conflits de rôles (salarié / représentant),
- une pression temporelle constante,
- parfois une faible reconnaissance.
Ces facteurs correspondent directement aux dimensions du rapport Gollac.
La double contrainte salarié / élu
La majorité des élus doivent :
- maintenir leur performance professionnelle,
- exercer leur mandat,
- répondre aux sollicitations des salariés,
- se former en continu.
Cette double contrainte est un facteur classique de surcharge mentale.
Les élus sont aussi couverts par la prévention
Les principes de prévention s’appliquent
à tous les salariés, y compris aux représentants du personnel.
La charge mentale liée au mandat peut donc :
- être intégrée au DUERP,
- donner lieu à des mesures de prévention collective.
Exemples :
- respect strict des heures de délégation,
- meilleure répartition des rôles,
- recours à des experts,
- reconnaissance explicite du rôle d’élu.
Le paradoxe du CSE : prévenir sans s’épuiser
Un point de vigilance : le CSE peut lui-même devenir un espace générateur de RPS si :
- les sujets lourds s’accumulent sans hiérarchisation,
- la charge émotionnelle n’est pas régulée,
- les élus ne posent pas de limites.
Une prévention crédible passe aussi par une réflexion sur la charge mentale collective du CSE.
Parce qu'une image vaut mille mots on vous a résumé ça en une infographie :

La charge mentale doit-elle figurer dans le DUERP ?
Oui. En tant que RPS, elle doit être identifiée, évaluée et suivie.
Le CSE peut-il imposer une expertise ?
Il peut la voter dans des cas encadrés (risque grave, projet important).
QVT ou QVCT : quelle différence concrète ?
La QVCT recentre la prévention sur le travail réel et l’organisation.
Les élus CSE sont-ils protégés contre les RPS ?
Oui. Ils restent des salariés exposés à des risques professionnels.




