Directive européenne sur la transparence salariale : guide complet et pratique pour les CSE

3 décembre 2025

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes n’est pas une nouveauté. En France, le principe « à travail égal, salaire égal » existe depuis 1972. Pourtant, malgré plus de cinquante ans de législation, les écarts de rémunération persistent. Selon Eurostat, l’écart moyen de salaire horaire entre les femmes et les hommes atteignait encore 12,7 % dans l’Union européenne en 2021, et 15,8 % en France. Ces chiffres traduisent une stagnation préoccupante.

Pour y remédier, l’Union européenne a adopté le 10 mai 2023 la directive (UE) 2023/970 relative à la transparence salariale. Ce texte impose de nouvelles obligations aux entreprises et renforce les droits des salariés ainsi que le rôle stratégique des CSE.
👉 Pour les élus, cette directive représente un
nouvel outil puissant de négociation et de contrôle.


Comprendre la directive européenne sur la transparence salariale


Historique et adoption

Depuis 1957, l’égalité de rémunération est inscrite dans les traités européens. Mais les écarts persistent. Une première recommandation en 2014 n’ayant pas suffi, la Commission a proposé une directive en 2021. Après deux ans de négociations, le texte a été adopté le 10 mai 2023 et publié le 17 mai 2023.


Objectifs principaux


  1. Garantir l’égalité salariale pour un travail de valeur égale.
  2. Renforcer la transparence dès le recrutement.
  3. Faciliter les recours pour les salariés victimes d’écarts.
  4. Donner aux CSE de véritables leviers d’analyse et d’action.


Calendrier et échéances clés


  • Mai 2023 : adoption de la directive.
  • 7 juin 2026 : date limite de transposition en droit français.
  • 2027 : premières obligations pour les entreprises ≥ 250 salariés.
  • 2031 : obligations étendues aux entreprises de 100 à 149 salariés.

📌 À retenir : les PME de moins de 100 salariés ne sont pas concernées par le reporting, mais restent soumises au principe « à travail égal, salaire égal ».


Définitions essentielles à connaître


  • Travail de même valeur : évalué selon les compétences, efforts, responsabilités et conditions de travail.
  • Rémunération : salaire fixe, primes, bonus, avantages en nature, heures supplémentaires, contributions sociales.
  • Charge de la preuve : en cas de litige, c’est désormais à l’employeur de prouver qu’il n’y a pas de discrimination.

Les nouvelles obligations des employeurs

1. Transparence dès le recrutement

  • Les offres d’emploi devront indiquer le salaire ou une fourchette claire.

  • Interdiction de demander l’historique salarial d’un candidat.

  • Les critères d’évolution devront être communiqués dès l’embauche.

💡 Exemple concret : un employeur ne pourra plus écrire « salaire à négocier selon profil ». Il devra préciser : « Rémunération fixe comprise entre 38 000 € et 42 000 € bruts annuels ».


2. Droit d’accès individuel des salariés


Chaque salarié pourra demander :

  • son niveau de rémunération,
  • le salaire moyen par sexe pour des postes comparables.


L’entreprise devra répondre dans un délai de 2 mois, sans représailles possibles.


3. Reporting obligatoire


Les entreprises devront publier des rapports sur les écarts salariaux :

  • ≥ 250 salariés : annuel dès 2027
  • 150–249 salariés : tous les 3 ans dès 2027
  • 100–149 salariés : tous les 3 ans dès 2031

Ces rapports incluront : écarts moyens, primes, promotions, augmentations.

📊 Encadré pratique : Exemple de données à retrouver dans le reporting

  • % d’écart moyen hommes/femmes sur les salaires fixes
  • % d’écart sur les primes annuelles
  • % d’écart sur les promotions obtenues


4. Évaluation conjointe avec le CSE


Si un écart > 5 % est constaté et non justifié, et si aucune correction n’est apportée dans les 6 mois, une évaluation conjointe devra être réalisée avec le CSE.

Cette évaluation analysera :

  • les classifications,
  • les systèmes de rémunération,
  • et proposera des mesures correctives.


5. Sanctions et contentieux


La directive prévoit :

  • inversion de la charge de la preuve,
  • indemnisation intégrale du salarié,
  • sanctions financières dissuasives (fixées par chaque État).


Le rôle stratégique du CSE

Accès à de nouvelles données


Les CSE auront désormais accès à :

  • des rapports salariaux enrichis,
  • une BDESE (base de données économiques et sociales) plus complète,
  • des négociations annuelles obligatoires (NAO) plus précises.

Pouvoir d’alerte


Le CSE pourra exiger une évaluation conjointe si un écart > 5 % persiste. En l'absence de transposition exacte ni de jurisprudence il faut garder en tête que ces fondements restent encore hypothétiques.


Articulation avec l’Index ÉgaPro


La directive ne remplace pas l’Index ÉgaPro, mais le complète avec :

  • des obligations de reporting,
  • des mécanismes correctifs,
  • un rôle renforcé du CSE.


Impacts concrets

Pour les employeurs


  • Révision des grilles de salaires,
  • Coûts d’audits RH,
  • Risques juridiques et réputationnels.

Pour les salariés


  • Plus de transparence,
  • Recours facilités,
  • Progression de carrière plus équitable.

Pour les CSE


  • Nouvelles responsabilités,
  • Besoin de compétences en analyse salariale,
  • Rôle central dans les NAO.


Comment se préparer ? (Checklist CSE)


Étape 1 – Diagnostic


  • Cartographier les métiers,
  • Identifier les écarts salariaux,
  • Cibler les zones de risque.

Étape 2 – Révision RH


  • Intégrer les fourchettes salariales dans les offres,
  • Supprimer les clauses de confidentialité sur les salaires,
  • Préparer des procédures de réponse aux demandes de salariés.

Étape 3 – Implication du CSE


  • Demander des simulations de reporting,
  • Anticiper les écarts > 5 %,
  • Intégrer ces sujets dans les NAO.


Cas pratique : un CSE face à un écart injustifié


Une entreprise de 400 salariés constate dans son reporting 2027 un écart de rémunération de 8 % entre les hommes et les femmes cadres commerciaux.

  • L’employeur invoque une différence de performance, mais ne fournit pas de preuve.
  • Le CSE exige une évaluation conjointe.

Après analyse, il apparaît que les critères de promotion sont flous et défavorisent les femmes.
👉 Résultat : mise en place d’une grille de promotion claire et rétroactivité salariale pour les salariées lésées.


En résumé qu'est-ce que cette directive implique pour les CSE ?


La directive européenne sur la transparence salariale marque une véritable révolution culturelle dans les entreprises. Elle donne aux CSE un rôle décisif de vigie et de garant de l’égalité professionnelle.

👉 Conseil final : plus vous anticiperez en tant qu’élu CSE, mieux vous pourrez accompagner salariés et employeurs dans cette transition. La transparence salariale ne doit pas être vécue comme une contrainte, mais comme une opportunité : celle de renforcer la confiance, la justice et l’attractivité de l’entreprise.


19 janvier 2026
La charge mentale au travail ne relève ni du ressenti individuel ni d’un sujet de “bien-être” accessoire. Elle s’inscrit pleinement dans le champ des risques psychosociaux (RPS) et engage directement les responsabilités de l’employeur et du CSE en matière de prévention , de santé et de conditions de travail . Pour les élus de CSE et les professionnels RH, l’enjeu n’est pas seulement d’alerter, mais de structurer une démarche solide , juridiquement fondée, intégrée aux outils obligatoires et orientée vers l’organisation réelle du travail. Comprendre la charge mentale : bien plus que du stress Une surcharge cognitive durable La charge mentale correspond à l’effort cognitif, organisationnel et émotionnel nécessaire pour accomplir son travail. Elle augmente lorsque les exigences dépassent durablement les marges de manœuvre réelles du salarié. Selon ANACT, elle résulte notamment de : la densification du travail, la multiplication des interruptions, des priorités floues ou contradictoires, des outils numériques inadaptés, une pression temporelle constante. 👉 Elle se distingue du stress ponctuel par son caractère structurel et cumulatif . Source : https://www.anact.fr/charge-mentale-et-charge-de-travail Des risques avérés pour la santé et l’organisation Impacts pour les salariés Une charge mentale excessive peut entraîner : fatigue chronique et troubles du sommeil, perte de concentration, anxiété, irritabilité, épuisement professionnel. INRS rappelle que les RPS ont des effets documentés sur la santé mentale et physique. Source : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux.html Impacts pour l’entreprise À l’échelle collective, la surcharge mentale favorise : absentéisme, désengagement, erreurs, conflits, turnover. C’est précisément pour ces raisons qu’elle relève des missions du CSE. Intégrer la charge mentale dans le DUERP : une obligation légale Le DUERP, socle de la prévention Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est la pierre angulaire de la prévention. Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021, il doit intégrer l’ensemble des risques , y compris psychosociaux, et être mis à jour régulièrement . La charge mentale ne peut donc pas rester hors du DUERP. Comment l’inscrire concrètement Erreur fréquente : inscrire une ligne vague du type “stress”. Bonne pratique : décrire les situations de travail réelles , par exemple : interruptions fréquentes (mails, messageries, sollicitations orales), surcharge informationnelle, délais incompatibles avec la qualité attendue, outils numériques instables ou multiples, injonctions contradictoires, intensification du travail à effectif constant. 👉 Plus le risque est décrit factuellement, plus il devient actionnable . Le rôle du CSE Le CSE est consulté sur les mises à jour du DUERP . Il peut : demander des compléments, contester une sous-évaluation, proposer des actions de prévention. Cadre légal : Code du travail, article L.4121-1 https://www.legifrance.gouv.fr CSE et CSSCT : organiser le travail pour être efficace Le rôle spécifique de la CSSCT Dans les entreprises d’au moins 300 salariés (ou par accord), la CSSCT prépare les travaux du CSE sur la santé, la sécurité et les conditions de travail. Sur la charge mentale, elle permet : une analyse approfondie, des auditions ciblées, la préparation de propositions structurées. Une articulation claire La CSSCT instruit . Le CSE délibère et vote . Déléguer l’instruction n’affaiblit pas le CSE, cela renforce la qualité des décisions. De la QVT à la QVCT : pourquoi la lettre “C” change tout Depuis l’ANI de 2020 et la loi de 2021, le cadre de référence est la QVCT – Qualité de Vie et des Conditions de Travail . Ce changement marque un recentrage : moins d’actions périphériques, plus de travail sur l’organisation réelle, les outils, les processus. 👉 La charge mentale est un sujet cœur de QVCT , pas un gadget. Objectiver la charge mentale : des outils de référence Le rapport Gollac Le rapport Gollac identifie six facteurs de RPS, dont plusieurs liés à la charge mentale : intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie, rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité socio-économique. Source : https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_gollac.pdf Le modèle de Karasek Il mesure l’équilibre entre : demande psychologique, latitude décisionnelle (autonomie). Une forte demande avec peu d’autonomie est un facteur clé de surcharge. Source INRS : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206143 Le modèle de Siegrist Il analyse le déséquilibre entre : efforts fournis, récompenses (reconnaissance, perspectives). Source INRS : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206141 👉 Ces outils sont couramment utilisés dans les expertises RPS. Alerter, oui… mais au bon niveau juridique Les différents niveaux d’alerte Inscription à l’ordre du jour : discussion, demandes d’explication. Droit d’alerte atteinte aux droits : situations individuelles graves. Droit d’alerte danger grave et imminent (DGI) : à utiliser avec prudence, uniquement en cas de risque immédiat (ex. risque suicidaire). L’expertise pour risque grave Le CSE peut voter une expertise pour risque grave afin d’analyser l’organisation du travail et la charge mentale. Financement majoritairement à la charge de l’employeur. Télétravail : une charge mentale plus invisible À distance : les signaux faibles disparaissent, la surcharge est souvent réduite au temps de connexion, l’isolement augmente. Le rôle du CSE est de vérifier que les accords de télétravail intègrent : des mécanismes de suivi de la charge réelle, des temps de régulation collective, des règles claires de déconnexion. Source : https://www.anact.fr/teletravail-et-risques-psychosociaux Les risques psychosociaux liés à la fonction d’élu du CSE Une exposition spécifique aux RPS Être élu du CSE expose à : une surcharge cognitive (complexité juridique), des exigences émotionnelles élevées, des conflits de rôles (salarié / représentant), une pression temporelle constante, parfois une faible reconnaissance. Ces facteurs correspondent directement aux dimensions du rapport Gollac. La double contrainte salarié / élu La majorité des élus doivent : maintenir leur performance professionnelle, exercer leur mandat, répondre aux sollicitations des salariés, se former en continu. Cette double contrainte est un facteur classique de surcharge mentale. Les élus sont aussi couverts par la prévention Les principes de prévention s’appliquent à tous les salariés , y compris aux représentants du personnel. La charge mentale liée au mandat peut donc : être intégrée au DUERP, donner lieu à des mesures de prévention collective. Exemples : respect strict des heures de délégation, meilleure répartition des rôles, recours à des experts, reconnaissance explicite du rôle d’élu. Le paradoxe du CSE : prévenir sans s’épuiser Un point de vigilance : le CSE peut lui-même devenir un espace générateur de RPS si : les sujets lourds s’accumulent sans hiérarchisation, la charge émotionnelle n’est pas régulée, les élus ne posent pas de limites. Une prévention crédible passe aussi par une réflexion sur la charge mentale collective du CSE . Parce qu'une image vaut mille mots on vous a résumé ça en une infographie :
12 janvier 2026
La gestion des budgets du CSE fait partie des sujets qui cristallisent le plus de questions chez les élus, en particulier en début de mandat. Les règles existent, elles sont relativement stables, mais elles sont souvent mal comprises ou mal appliquées, faute de temps ou de formation. Résultat : des erreurs pourtant évitables, comme le mélange des budgets, des dépenses mal imputées ou une comptabilité tenue de manière trop approximative. Ce guide a pour objectif de poser un cadre clair. Il ne s’agit pas d’entrer dans un discours juridique complexe, mais de t’aider à comprendre comment fonctionnent les budgets du CSE, comment les organiser concrètement et comment respecter les obligations comptables sans alourdir inutilement le quotidien des élus. L’idée est simple : sécuriser la gestion financière pour mieux se concentrer sur l’essentiel, à savoir les actions au service des salariés.
30 décembre 2025
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